L’Aude pleure Marcel Rainaud, ancien président du conseil général

Marcel Rainaud, ancien président du conseil général de l'Aude, s'est éteint à l'âge de 80 ans.
Marcel Rainaud, ancien président du conseil général de l'Aude, s'est éteint à l'âge de 80 ans.

L’ancien président du conseil du conseil général de l’Aude s’est éteint à l’âge de 80 ans, dans son village de Talairan. "L’Aude perd un grand homme", regrette André Viola, son successeur à la tête du conseil départemental de l’Aude.

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André Viola, président du conseil départemental de l’Aude, a annoncé la triste nouvelle vendredi matin. "J’ai l’immense tristesse de vous annoncer le décès de Marcel Rainaud. Mes pensées vont à Colette son épouse, et à toute sa famille", a-t-il indiqué. "Je suis d’autant plus bouleversé qu’avec l’épidémie en cours personne n’a pu être à ses côtés ces derniers jours. Il est parti seul et nous ne pourrons lui rendre l’hommage qu’il méritait. Ce qui n’empêchera pas que nos pensées iront vers sa famille et vers toi Marcel, l’honnête homme, je sais à quel point tu aimais ce qualificatif, l’humaniste, l’ami, le tuteur, celui avec lequel j’ai partagé tant de combats, d’actions, de moments forts. L’Aude perd un grand homme, mon chagrin est immense", a fait savoir le président du conseil départemental de l’Aude.

Fils d’un viticulteur de Talairan, Marcel Rainaud s’était engagé en politique en 1958 en adhérant à la SFIO, tout en exerçant son métier de professeur de mathématiques. Maire de Talairan de 1983 à 2000, il a présidé le conseil général de l’Aude de 1998 à 2011 et fut sénateur de l’Aude de 2006 à 2014. Dévoué à son territoire, il était apprécié pour ses qualités humaines. Il laissera une empreinte indélébile sur la vie politique audoise.

Carole Delga, la présidente de la région Occitanie a salué vendredi la mémoire de Marcel Rainaud : "J’adresse toutes mes condoléances à la famille et aux proches de Marcel Rainaud, notamment les militants socialistes. Il a marqué de son empreinte l’histoire politique de l’Aude ainsi que celle du canton de Lagrasse, dans les Corbières, où il avait ses attaches".

Tous les élus du conseil départemental de l'Aude et le agents du Département, très touchés et attristés par la disparition de Marcel Rainaud, s’associent à la peine de la famille.


En préambule de la session conseil départemental de l'Aude, mardi 14 avril, André Viola a rendu un hommage appuyé à son prédécesseur Marcel Rainaud. Voici le verbatim de son intervention :

Chers collègues,

Quel moment étrange nous nous apprêtons à vivre. Quelle si particulière session ai-je l’honneur et la responsabilité d’ouvrir en cette matinée. Certes, elle devait déjà être une session marquante puisqu’elle était celle du dernier budget d’une année pleine pour notre assemblée, avant le renouvellement de l’année prochaine.

Bien sûr, menée en pleine crise sanitaire mondiale, dans un contexte de confinement, elle prend des allures étranges, avec une présence physique ici ramenée à son strict minimum. J’en profite pour saluer tous ceux de nos collègues qui suivent cette assemblée depuis chez eux, grâce à la retransmission en direct. Beaucoup auraient souhaité être avec nous ce matin et je les en remercie, comme je vous remercie à vous d’être là. Mais il m’a semblé important de ne nous retrouver qu’avec autant d’élus que ce que le quorum exige. Et pas davantage pour appliquer, avec la plus grande fermeté, les gestions barrières et les autres recommandations sanitaires.

Malgré tout cela, cette session est bien plus difficile à aborder pour moi, et pour vous tous je le sais, pour une tout autre raison.

Vendredi dernier, le 10 avril, alors qu’il avait fait 80 ans quelques jours auparavant, notre ami, notre ancien président de Département et sénateur de l’Aude, Marcel Rainaud, nous quittait.

Sa disparition intervient en plein confinement, ce qui nous interdit de l’accompagner vers sa dernière demeure et d’être physiquement présents auprès de sa famille, cette après-midi à Talairan où il sera inhumé dans ce village qu’il chérissait tant.

Décédé à la suite d’une opération qu’il avait, avec la discrétion que d’aucuns lui connaissent, tenue la plus discrète possible, lui qui ne se plaignait jamais mais était toujours à vos côtés quand il voyait que le besoin s’en faisait sentir.

Nous perdons un grand homme, dont la sobriété dans l’action publique comme dans la vie privée n’avait de pareille que l’engagement total de toute une vie pour servir l’humain et son territoire.

Nous aurons l’occasion, dès que les conditions sanitaires le permettront, de lui rendre le bel hommage qu’il mérite, ici au Département, dans ce bâtiment qu’il a été le premier président à occuper.

Lorsqu’il est devenu président, cela faisait 10 ans qu’il était membre de l’assemblée départementale. Lui, le professeur de mathématiques du collège de Rieux, devenu maire, en 1983, du village qui l’a vu naître, Talairan, puis conseiller général du canton de Lagrasse cinq ans plus tard, a été repéré par Raymond Courrière qui en a fait son vice-président aux finances dès ses premiers pas au Conseil général, alors situé rue Jean Bringer à côté de la préfecture.

Travailleur matinal, méthodique et rigoureux, il s’est vite imposé par la justesse de son raisonnement, accompagnée d’une bonhomie toute communicative. Là où règnent souvent coups d’éclat et coups de menton, c’est grâce à sa méticulosité et au goût du travail bien fait qu’en bon vigneron, il s’imposa comme le digne successeur d’une lignée de présidents illustres.

Car Marcel aimait la politique parce qu’il aimait les gens, mais ni pour les honneurs, ni pour la gloire et encore moins pour les guerres picrocholines qui trop souvent jonchent un parcours d’élu.

Militant socialiste, il avait la solidarité et l’humanisme chevillés au cœur. C’était sa raison d’être, c’était son espérance.

Il avait la clairvoyance, la rudesse dans l’épreuve et la force de caractère de ceux qui savent qu’on ne badine pas avec les convictions. Chacun de ceux qui l’ont connu pensent à cet instant à tellement de moments où il a su mobiliser ces vertus.

Mais nous savons tous que s’il y a un épisode de sa vie politique qui le marqua plus de tout autre, ce sont les inondations de 1999.

Les larmes d’un homme vinrent en écho à ces torrents qui dévalaient dans tout l’Est du Département et avaient entraîné tant de pertes humaines au-delà des innombrables dégâts matériels. L’Aude était anéantie. Il fallait mettre tous les moyens dans la bataille pour qu’elle se relève. Grâce à la persévérance de Marcel, ils ont été mis. L’Etat a débloqué plus d’un milliard de francs pour reconstruire notre territoire et le Département a mobilisé toutes ses ressources pour panser les plaies des communes durement meurtries.

Jeune conseiller régional à l’époque je me souviens de ce président de conseil général, bottes au pied, exposant au premier ministre Lionel Jospin l’étendue des dégâts. Sa parole fut entendue, la reconstruction était enclenchée.

Mais il fallait aller au-delà. Et ce cri remontant des heures les plus sombres de l’histoire venait aux oreilles de Marcel : « plus jamais ça ! ».

Convaincu qu’on n’arrête pas les éléments mais que l’on peut les prévenir et atténuer leurs effets, il créa, avec d’autres, le syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières, il participa au développement de la culture du risque et aux actions pour y remédier. 20 ans après, les inondations sont toujours aussi violentes mais force est de constater que notre organisation, entre tous les services concernés et notre capacité à tirer les leçons du passé ont pu en atténuer certaines conséquences.

Président du Département, il était apprécié de tous. Disponible pour les élus comme pour les agents, il n’était pas simplement président du conseil général, il incarnait le conseil général et l’Aude.

A l’annonce de son décès, de nombreux collègues et ex-collègues, de nombreux agents et anciens agents ont ressenti ce terrible manque qui nous habite tous depuis vendredi.

Homme de dialogue et de consensus, il a fait entrer notre Département dans le XXIe siècle avant de tirer sa révérence en prodiguant cette leçon que j’ai aussi apprise de Jacques Cambolive : on reconnaît la réussite d’un homme politique à sa capacité à passer la main et à préparer sa succession.

Il est bien délicat pour moi de dire si son successeur est à la hauteur de la tâche mais je puis vous assurer que la succession a été rondement anticipée et menée.

Je pourrais encore des heures vous parler de Marcel Rainaud, trouver de nouveaux qualificatifs ou encore faire état de ses réussites politiques.

Mais finalement, à l’heure où il nous quitte, mais où son souvenir et son esprit nous accompagneront encore longtemps, je me dis qu’il fait surtout retenir de lui qu’il était « brave homme », un « homme de bien ». C’était un « gars des Corbières », cette région si magnifiquement exaltante où le soleil épouse le calcaire pour donner naissance à la garrigue et où la pierre comme les hommes y sont rudes et chaleureux.

Ainsi était Marcel Rainaud, président du conseil général, sénateur de l’Aude, maire de Talairan, militant socialiste, chasseur, et surtout mari aimant, père, grand-père et depuis peu arrière-grand-père attentionné et ami fidèle.

Pour beaucoup d’entre nous, il a aussi été un modèle, un guide ou une référence.

A Colette sa femme, à son fils, à ses petits-fils et son arrière-petit-fils, à leur famille, j’adresse en mon nom et au nom de tous les élus et agents du Département de l’Aude, nos plus sincères condoléances et nos pensées amicales.

Chers collègues, et vous tous qui êtes avec nous par le biais de cette retransmission, je vous invite à observer en sa mémoire et en son honneur, une minute de silence."